CULTURE: Littérature: L’UDEG fait sa rentrée littéraire 2016-2017

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L’Auditorium de la Maison Georges Rawiri a servit de cadre à la célébration de la 4ème édition de la rentrée littéraire de l’UDEG. Le Ministre de la Culture Alain Claude Bilie By Nze a auréole de sa présence cette manifestation culturelle gabonaise, sans oublié la participation inconditionnelle du président de l’UDEG (Union Des Ecrivains Gabonais), Eric Joël Bekalé.

C’est avec un plaisir tout particulier que les écrivains se sont prêtés à l’exercice de l’ « incipit », ce mot d’ouverture et des commencements. Ces mots, parfois inscrits au fronton des premières pages d’un livre, qui forment le viatique de la découverte et des questionnements à venir. Devant un aréopage aussi savant, composé d’écrivaines et d’auteurs, de dramaturges et de poètes, le public a avec audace et modestie,

  •  inviter d’abord à la « recherche du temps perdu »
  •  proposer des pistes de création pour dessiner les contours d’une politique publique en plus grande conformité avec vos attentes
  •  suggérer enfin d’envisager le monde qui vient, pour les gens de lettres, comme un terroir d’opportunités et de changement. Comment ignorer, aujourd’hui, que le continent des mots, poussé par les courants numériques, est accolé au continent digital ?
Ce temps perdu ? C’est celui qui est enserré dans les dizaines de milliers de pages qui vous avez écrites, et que nos plus jeunes générations peinent parfois à connaitre. La vocation de l’écrivain, disait en substance Patrick Modiano dans son discours de réception du prix Nobel de littérature, consiste à faire ressurgir quelques mots à moitié effacés, à raviver la trace et la mémoire de destinées humaines insaisissables, à rendre à l’humanité sa part de mystère.

Aujourd’hui, quand tout parait se dire dans l’instant, sur ces réseaux qu’on présente comme sociaux, l’ambition de faire société, qui n’est pas si distante que cela du grand projet de faire nation, vos écritures apparaissent belles « comme l’oxygène naissant ». Elles sont le temps perdu retrouvé. Et si la formule, célèbre, de l’oxygène revient à André Breton, lecteur ému de Césaire et de son Cahier qu’il faudra lire et relire, comment trouver quelque chose de plus évident et de plus incarné que l’éclat du Martiniquais :

« Notre sang docile chante dans le madrépore ».

Que l’éclat encore de l’enfant d’Akiéni, Ndouna Depenaud :

« Le courant des larmes emmène la beauté. De mon cœur, la beauté a fait son asile ».

Le récente anthologie de la poésie gabonaise d’Eric Joel Bekalé devrait être notre livre de chevet !

Dans quelques jours s’ouvrira, à l’invitation de nos frères malgaches, le sommet de la Francophonie et c’est donc l’occasion de rappeler que seuls les francophones, dans l’héritage latin, disposent, en leurs Gouvernements, de ministres de la Culture.  Cultura : en latin, le «  le soin que l’on donne à la terre ». Chez nous, au Gabon, il faut cultiver plus et mieux la terre pour acquérir une plus grande indépendance alimentaire. Il faut, chers écrivains, que vous nous donniez toujours plus de matière littéraire pour cultiver notre âme. Avec Langston Hughes :
« Je veux de grands arbres touffus qui plient sous le poids des perroquets bavards ».

A ce propos, nous pouvons esquisser quelques idées pour une politique publique plus favorable aux auteurs. Nous évoquerons rapidement des pistes de travail :
  • Pour un appui à la diffusion, à la fois dans le réseau – courageux réseau – des librairies ; ces maisons, à l’équilibre souvent fragile, doivent être soutenues, encouragées, et aidées dans leur positionnement. Un grand effort sera fait pour accroitre leur visibilité publique.
  • Pour une professionnalisation de la filière de l’édition, qui doit s’articuler autour de programmes spécialisés conduits par des institutions de renom. Sur ce point, le prochain sommet de la Francophonie, qui rassemble de grandes personnalités de la culture, apparait comme une perspective fructueuse. Par ailleurs, nos partenaires traditionnels, parmi les chancelleries représentées à Libreville ou les opérateurs multilatéraux comme l’Unesco, offrent des dispositifs trop souvent négligés ou ignorés.  Nous devons mieux structurer nos besoins pour mieux trouver des solutions.
  • Pour une nouvelle politique d’achat public. Je pense là bien sûr au domaine des commandes de l’Etat en relation avec les programmes scolaires. Une offre repensée, plus diverse, plus ouverte sur les modernités littéraires, doit être produite.
  • Enfin pour une véritable « noce » entre les acteurs de la production littéraire et le monde de l’audiovisuel. Sur ce point, je suis persuadé que tout ou presque est à faire. Vos ouvrages demeurent comme des secrets d’initiés, comme des œuvres chuchotées. Pourquoi ? Chacun, avouons-le, à sa part de responsabilité ! Gens de lettres, vous seriez souvent tentés par une forme de « snobisme » un peu isolationniste. Il y aurait ceux qui vous comprennent et ceux qui n’auraient pas ce talent-là. Et bien non ! L’acte d’écrire, l’acte de fabriquer un livre, pour avoir traversé les siècles, doivent embrasser le temps présent. Cela s’appelle la co-mmuni-cation. Là encore, le service public devra vous accompagner et vous porter vers un plus large public : avec notre projet de nouvelle chaine de télévision « culturelle », nature et culture, pour le Gabon ; avec des chroniques régulières sur les antennes existantes ; avec de plus fréquents rendez-vous avec le lectorat ; à travers des festivals ou des conférences. L’écrivain gabonais, pour être lu, doit d’abord sortir de l’ombre.
Quelques mots enfin sur la tectonique des plaques.
Ces continents qui se rapprochent.
Celui de Gutenberg, celui de McLuhan, celui de Zuckerberg.
Que se passe t-il ?
Le liquide amniotique de « l’authenticité littéraire africaine » serait-il un réactif négatif au numérique ?
La conscience noire a-t-elle vocation à rester hermétiquement scellée dans des pages en ‘papier’ ?
Je ne le crois pas.
Ainsi:
  • Le principe de la ‘destruction créatrice’, que vous connaissez, qui conduit à la création d’une nouvelle économie tout autour de la planète, ne nous épargnera pas.
  • Ecrire, publier, diffuser, lire : ces activités prennent aujourd’hui des formes bien plus diverses qu’avant.
  • Nos jeunes enfants ne lisent plus, ou moins qu’avant ? C’est vrai. C’est notre faute. Nous devons leur offrir ce que le siècle leur promet. Par les canaux que le siècle mets à leur portée.
  • Ainsi, chers écrivains, aujourd’hui, ici et partout, pouvons-nous télécharger sur internet, pour un prix très modique, et souvent gratuitement, des dizaines de milliers d’ouvrages. Les lire à notre convenance. Sur des supports très variés.
  • Question de génération : je préfère le papier, et nous sommes ici nombreux à trouver un plaisir incomparable au livre tel qu’on le connait. Connaissait.
  • Mais déjà, demain, la virtualisation nous guette : la révolution numérique est en marche et Orwell nous a prévenu : « Ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés ».
  • Savante et nécessaire révolte : les gens de lettres doivent embrasser le temps d’aujourd’hui, et pour faire vivre le livre, leurs livres, investir les autoroutes digitales c’est-à-dire : tenir des blogues, publier des extraits de leurs textes sur internet, engager des conversations par les réseaux, inventer de nouveaux formats de production.
  • Nous devons « réinscrire l’Afrique dans le registre du voisinage et de l’extrêmement lointain ».
Pour vous dire  à bientôt, souvenons-nous de la remarque de Senghor à Malraux :
« Quel continent, si ce n’est l’Afrique, oserait reprendre à son compte la phrase d’Anaxagore : ‘Tout ce qui se montre est une vision de l’invisible ? »

SKB

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