CULTURE: Cinéma: Critiques documentaires des escales documentaires de Libreville 2016

Vous pouvez découvrir les premières critiques documentaires de la 11ième édition des escales documentaires de Libreville par les membres de l’association des critiques d’arts gabonais (ACRICAG):

PARTAGE / Olivier Monot

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L’humanitaire au service des populations

Philippe Krynenvit depuis 25 ans en Tanzanie et assure l’administration de l’ONG Partage. Elle s’occupe de recenser les enfants orphelins et de suivre leur éducation jusqu’à l’âge adulte. Elle apporte également de l’aide à certaines familles en agriculture et dans la santé. A ses côtés, des collaborateurs humanistes de première heure travaillent avec dévouement.

C’est le nœud gordien de ce film. Cette solidarité qui traverse les frontières.

Partage est un film d’espoir et d’échanges. Il retrace le quotidien des personnes au destin incertain.

Olivier Monot présente la nécessité d’avoir une Ong dans un pays en, même temps, il montre les failles du système social en Tanzanie. Même si son monde des blancs et des noirs unis reste une utopie pour notre humanité. Bel espoir en somme.

Serge Kevin Biyoghe

KITENDI / Okoko NYUMBAIZA

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Une histoire de sapeur

Okoko Nyambaiza est un réalisateur de la République Démocratique du Congo. Intrigué par le phénomène de la Sape qui mobilise tant des personnes et des générations, il a décidé d’en faire un film Kitendi, pour nous présenter l’envers du décor de cette tradition Congolaise.

Littéralement Kitendi signifie en Lingala, le linge suit quatre Sapologues « nom donné par les adeptes de la Sape) nommés Léopard. Ces adeptes décident inconditionnellement de suivre les traces du roi de la Sape Stervos Nyarkoso, Papa Wemba, l’artiste fondateur de cette religion. Selon les principes, il faut garder la hauteur et la galanterie en permanence. C’est aussi le début de toute sorte de dérives.

Le film nous plonge ainsi dans cet univers à la fois intrigant et pathétique. On suit des adeptes prêts à tout pour réussir. Pris au fond de leurs milieux pauvres et désuets, ils remuent ciel et terre pour ne pas décevoir le roi. Voyeur, le réalisateur ouvre sur des moments de dérision et de frustration. Le spectateur participe quelque peu à la construction de la déchéance de ces jeunes gens qui se vident de tout pour paraître. Et lorsque survient l’exhibition, les déambulations dans les rues, on est loin d’imaginer toutes les frustrations en fond de toile.

Ce documentaire de création détend l’atmosphère et provoque un fou rire au téléspectateur. Même si au fond, on s’interroge sur l’intérêt de ce phénomène devenu une religion pour plusieurs Congolais.

Fernande Zang Mve

MALI BLUES / Lutz GREGOR

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Quand la musique va en guerre

Il y a une tradition établie au Mali. On naît au rythme de la musique traditionnelle. On se déclare la flamme. On se débat. Et on meurt. Lutz Gregor, le réalisateur Allemand revient dans ce monde du rythme au nord du Mali avec les islamistes. Ils imposent leur rythme politique. Comme dans Timbuktu, le film de Abdheramane Sissoko prémonitoire aux mouvements djihadistes dans cette partie du Mali, il fait un fabuleux regard dans Mali Blues. Le film remonte le fil du silence imposé par les islamistes aux griots. Ils doivent désormais chercher leur raison de vivre ailleurs, en exil

La ville est un désert permanent. A l’aridité de l’environnement s’est ajouté des lois liberticides pour les intégristes musulmans. En dehors des monuments qui sont détruits à l’instar de ceux de Tombouctou, ils ont également interdit en août 2013 la diffusion de toute musique profane – musique traditionnelle et musique occidentale – sur les radios privées, et même pour les sonneries de téléphone portable.

Face à toutes ces lois qui tombent comme un cheveu dans la soupe, les artistes de diverses sensibilités, avec aux manettes Fatoumata Diawara, Ahmed Ag Kaedi, Bassekou Kouyaté et Master Soumy, décident de donner un concert inédit pour ramener la paix et manifester leur résistance aux djihadistes. C’est toute la force et l’énergie de Mali Blues. Le réalisateur suit de près de cet acte de défiance, saisit les émotions au vif d’un public qui retrouve sa vie, des artistes qui portent la voix. Cette liesse historique avec le grand déploiement de son héroïne Fatoumata Diawara qui offrait à son public son premier et véritable concert. On vit aussi cette deuxième partie du film notamment cet important focus sur cette artiste malienne. Elle a fui son pays natal le Mali pour échapper au mariage. Depuis lors, elle se consacre à la musique en Europe où elle réside désormais.

Mali Blues est aussi ce symbole des fils d’un pays qui s’oppose au terrorisme par l’acte artistique. Ce train de résistance qui fit le sort des esclaves en Amérique et dont la création du blues, du jazz sont aujourd’hui la résultante.

Pour le public découvrant ces talents pour la première fois, le Mali Blues est un témoignage puissant pour la musique du Mali et un hommage à la résilience de son peuple. Mais il nous invite à voir l’art et ses acteurs comme des vecteurs importants du rapprochement et de la paix entre les peuples.

Ruth Mygnolet

UNE DÉMOCRATIE AFRICAINE / Pierre LOTI SIMO

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Les tensions socio politiques au royaume Bamoun

Une démocratie Africaine du réalisateur camerounais Pierre Loti Sino est sortie en 2016. C’est un documentaire fait d’images d’archives et de vidéos amateurs, que l’auteur a su mettre en exergue afin de susciter l’émotion et l’empathie chez le spectateur.

Une démocratie africaine présente le contexte socio-politique qui prévaut au royaume Bamoun, le royaume le plus ancien du Cameroun. Dans cette société, les populations sont profondément marquées par le climat de confrontation entre le modernisme et la tradition. Malgré les affres de l’histoire avec la colonisation, le mode de gouvernance traditionnelle en vigueur s’est toujours heurté au principe de la démocratie moderne-celle qui veut la gouvernance du peuple par le peuple et pour le peuple.

Une démocratie africaine remetà nouveau sur la sellette la sempiternelle questions de l’identité et de reconnaissance de la culture africaine. Il oppose la modernité à la tradition. Un sujet vulgaire mais dont l’actualité l’impose régulièrement. Malgré tout, il inviteles générations actuelles à se saisir des mécanismes de notre gouvernance.

Serge Kevin Biyoghe

SUR LES TRACES DE KANDIA / Pierre LOTI SIMO

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Le griot des politiques

Tout démarre dans un petit village en plein cœur de la Guinée Conakry. C’est une l’extraordinaire histoire d’un griot Ibrahima SorryKouyate plus connu sous le pseudonyme, un homme au destin particulier qui a marqué la seine artistique de1933 à 1977sous le règne du monopartisme de SEKOU TOURE et d’autres présidents Guinéens.

C’est son portrait que le réalisateur Français Laurent Chevalier et KaabiKouyate, le fils de Kandia brossent dans ce film Sur les traces de Kandia, en guise d’hommage.

Par des images d’ archives et des témoignages vivants de ses musiciens et de ses proches,KaabiKouyaterecueille une série d’informations afin de comprendre qui était réellement son père Kandia ?

A cette époque de gloire, l’on pouvait comprendre que le griot n’avait pas qu’un simple rôle d’artiste, déployant ses mélodies au cours des différentes cérémonies. Il contribuait aussi comme acteur majeur dans la propagande politique.Il chantait des louanges pour magnifier la grandeur d’un homme au pouvoir.

Après la disparition de l’artiste KANDIA des voix se sont élevées pour poursuivre le chemin.

Ce documentaire historique à travers le portrait de Kandia, démontre que toute œuvre humaine demeure imparfaite. Mais sait résister à l’abîme du temps. C’est un film émouvant que devrait être vu pour comprendre le phénomène des griots dans la société traditionnelle.

Armelle Baoulé

L’ARBRE SANS FRUIT / Aicha MACKY

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Blessures de femme

Aicha Macki une est sociologue de formation. Elle sait construire son propos sur la société. Elle démontre cette fois, au cours de ses recherches sur la question de la femme en rapport avec le mariage, que l’infertilité au sein du couple a un visage féminin. L’arbre sans fruit est ce formidable documentaire de 52 minutes qu’elle propose. Il fait une plongée vertigineuse dans l’intimité de certains couples. Problème auquel elle-même est confrontée. Mariée depuis plusieurs années, elle est en instance de divorce parce qu’elle ne peut pas enfanter.

Aicha Macky rentre dans ce monde de l’incompréhension et des tabous. Elle donne de la parole aux femmes, surprend des conversations et capte les désillusions. Les révélations faites par les femmes à travers les ondes d’une radio urbaine très suivie, et avec des appels des auditeurs, cela donne plutôt l’ effet d’une bombe qui pointe un doigt accusateur sur les femmes et la tradition. Dans cette société, ne pas avoir un enfant est synonyme d’ une certaine perte d’ identité dans le cercle familiale.

Ce documentaire sociétal pose à nouveau le problème des droits des femmes, des quiproquos entre religion et analphabétisme au Niger et même dans plusieurs autres sociétés africaines. Il raconte les milles et une facettes de la lutte de ces femmes pour leur liberté, leur protection. C’est un documentaire qui pourrait marquer tout cinéphile féminin sensible, surtout sur la question d’enfantement. Le débat reste plus que d’actualité.

Armelle baoulé

Femme soumise

Le film de la Nigérienne Aicha Macky propose un monde de l’oubli de la femme.

La réalisatrice Aicha Macky est une féministe de première heure. Victime des frustrations parce qu’elle ne peut pas donner un enfant à son époux, elle en fait un film pour parler de la condition de la femme au Niger.

Il est question dans ce documentaire intitulé L’arbre sans fruit, de démontrer le chaos dans lequel les femmes Nigériennes vivent. Plombées par une tradition qui porte tout le tort sur la femme, port du foulard, de la manière de le noué, respect de la tradition et une religion musulmane très intégriste, ajouté à cela la fidélité dans le couple et à la famille même après décès du conjoint, la femme ne représente rien pour cette société extrêmement phallocratique.

Ce documentaire très captivant, ne demande qu’à être suivi. Il contribuerait à être inscrit dans l’ordre de l’éducation de la femme quel que soit sa situation.

Madleine WORA

ABETI MASSIKINI, LE COMBAT D’UNE FEMME / Laure KUTIKA

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Une étoile filante

Seul le temps nous permet d’apprécier une œuvre artistique. Une œuvre de l’esprit constitue souvent un patrimoine indéniable.

ABETI MASIKINI Le combat d’une femme, film de Laure Kutika narre l’histoire d’une chanteuse zaïroise (Aujourd’hui République Démocratique du Congo) Abeti Masikini, Elisabeth Finant à la naissance, aux cordes vocales exceptionnelles. Ce film de 48min nous plonge à la découverte de sa jeune et brillante carrière ainsi que dans les péripéties de sa disparition brutale en 1994 à l’âge de 40 ans.

La réalisatrice fait une lumière sur cette jeune femme, fille d’un nationaliste Congolais Roger Finant, assassiné en 1961 aux côtés du leader Patrice Emérite Lumumba. Voix d’or dès sa tendre enfance, elle se positionne par son talent comme une artiste avant-gardiste et visionnaire.

Abeti Masikini a su mettre son talent au service de la femme puisqu’ elle composera des chansons axées sur la condition de de la femme. Son opium resta l’égalité des sexes. Un message qui sera mal perçu par une société zaïroise, très conservatrice à l’époque. A travers plusieurs témoignages recueillis auprès des artistes, de la famille et de son époux et manager, le producteur Gérard Akuenson, les maitres mots de sa vie sont, la rigueur de dans le travail et sa détermination frisant la perfection.

Abeti Masikini fut la première femme artiste entrepreneure dont l’ambition de faire de la musique une industrie, s’énonçait aisément. Les chiffres explosent : près de 32 employés dans son écurie, trois concerts à l’Olympia de Paris en France, plusieurs disques d’or. Le spectateur est embarqué dans une belle aventure nostalgique de ce talent à l’état pur. Avec la suavité de sa voix, la dextérité de ses compositions, les archives de ses concerts, ce film nous prend et nous emporte au fond de ses cordes vocales.

Rythmé et cohérent, l’artiste nous fait voyager dans les années 70, 80 et 90. Cependant, c’est sur une note triste que la réalisatrice Laura kutika glisse. Lorsqu’elle ouvre l’épisode des erreurs médicales qui vont d’une manière ou d’une autre accélérée la mort de l’artiste. Le film devient pathétique et consternant.

Ce documentaire poignant et vérité suscite moult réflexions sur la condition de l’artiste et son engagement dans une société. Doit-on croire qu’être engagée pour la condition humaine est synonyme d’incompréhension pour les artistes femmes en Afrique ? Le film laisse malheureusement cet autre pan de l’interrogation.

Fernande Zang Mve

Abeti Masikini, La fulgurante

Le film est une réelle introspection dans le talent de la jeune artiste Congolaise.

Abeti Masikini n’a pas eu beaucoup de temps pour vivre. Juste 40 ans pour déployer son génie et inonder de ses airs, le monde de la musique Afrique et mondiale. La jeune réalisatrice Congolaise Laure Kituka l’a palpée et en fait un film hommage à son inoubliable talent. Elle en sort avec Abeti Masikini, combat de femme.

Ce film retenu dans le cadre de la 11è édition des escales documentaires, brosse un portrait d’une artiste peu ordinaire.

Femme de tempérament, une étoile fulgurante, qui à son époque a changé le visage de la musique de son pays jusqu’à nos jours, elle a innové en introduisant comme le synthétiseur dans la musique Congolaise(Ex-Zaïre). Son histoire est contée avec toutes les péripéties. Elle fut diva une africaine, très axée sur le féminisme. Plusieurs témoignages l’illustrent.

Ce documentaire est une ouverture musicale, qui donne à être regardé pour une meilleure édification de la culture musicale en Afrique et particulièrement en RDC.

Chrismel Mabiala

LE DERNIER CONSEIL / Jean-Claude Cheyssial

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Féminin sacré !

La femme, symbole de la vie, du divin, temps de chercheur, d’écrivains et de spirituels se sont penchés sur la question : qu’est-ce qu’elles ont de plus, que la gente masculine ? Là est toute la question qui guide aussi la réflexion du réalisateur Français Jean-Claude Cheyssial dans son film Le dernier conseil, sur une rencontre des grands-mères autochtones, réunies au Gabon en juillet 2015, dans le cadre de leur dernier conseil.

D’entrée un long panoramique présente une vue aérienne d’une figure aux couleurs en arc-en-ciel avec une image composite. On distingue amplement plusieurs couleurs : bleu, rouge, blanc et du jaune. Tout de suite, le monde de l’impalpable nous enveloppe du chiffre treize : treize nattes, pour treize femmes. Le compte est loin d’être bouclé. Elles représentent toutes les pouvoirs divins issus des quatre coins de la planète. Elles ont un but en commun, l’équilibre, le respect, le rapport intellectuel d’échange sur la connaissance de la nature, des arbres des fleurs, de l’eau, du vent, et du feu.

Jean –Claude Cheyssial nous invite dans le monde du mystère vécu par ces femmes qui après leur vécu et leurs âges, se consacrent à assurer à l’humanité son équilibre. Ainsi, la vie est au centre de tout. Comme elles le martèlent dans chacune de leurs interventions, peut-on retenir le sens premier ou la face cachée du féminin sacré, est l’essence même du labyrinthe qui forme deux serpents l’un rouge, l’autre blanc. C’est tout le sens, de la mystique que leur conseil représente.

Dans ce documentaire, on retrouve le portrait d’un personnage atypique Bernadette Rebieno. Une Gabonaise, érudite de la médecine traditionnelle et des savoirs ancestraux membre de ce conseil très fermé du conseil international des treize Grand-mères. Elle joue le guide pour cette ultime rencontre.

Le monde de la femme est ce symbole même de vie et le film le démontre à plusieurs reprises. Le regarder nous fait revenir au début même de la connaissance du bien et du mal.

Ruth Mygnolet

A la quête de l’équilibre

A la recherche d’une certaine intimité de soi, l’homme s’adonne à certains rites initiatiques. Il y plonge pour mieux soit pour scruter le monde extérieur- soit pour d’autres raisons inavouées.

Jean-Claude Cheyssial suit une rencontre de 13 grands-mères venues des quatre coins du monde. Elles veulent discuter des questions communes liées à la condition de l’humanité, au déséquilibre naturel des sociétés aujourd’hui en perte de repères. Le dernier conseil est donc ce film plein de symboles. Il nous emporte dans l’univers des savoirs et de la spiritualité des femmes de ces femmes de troisième âge, toutes initiées de la pharmacopée de traditionnelle et sur des savoirs au-delà de l’humain.

Cette rencontre se fait dans le petit village d’Ayenano au Nord de Libreville au Gabon. Ces treize matriarches se font allégeance et communient sur leurs forces. Au centre, le réalisateur focalise son attention sur un personnage central Bernadette Robiénot, le guide et autour duquel l’histoire.

Ce film est une splendide prouesse technique avec des propositions esthétiques très émouvantes. Les couleurs, le graphisme visuel qui s’échappe font de ce film un charme. On a des travellings sur la forêt équatoriale luxuriante, un petit côté anthropologique sur le rite de l’Iboga au Gabon.

Le réalisateur se laisse prendre au rythme et aux propos de son personnage central qui émeut et emporte notre adhésion à son savoir, fut-il « empirique ». Ce beau documentaire ouvre de manière subtile le débat sur l’écologie et la préservation de la nature. Obnubilé par les couleurs du film le téléspectateur se sent comme emporté dans l’univers du sacré ou le langage reste codé.

Fernande Zang Mve

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