POLITIQUE: La force et le mensonge : deux concepts qui ont marqué 2016

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On pensait que la vérité était importante et que la force était devenue anachronique. Marquée par le Brexit, l’élection de Trump et l’implication de Poutine dans le conflit syrien, l’année 2016 a prouvé le contraire.

Défaite de la vérité, triomphe de la force. Si l’on voulait, en quelques mots, aller à l’essentiel, l’année 2016 pourrait se résumer à cette formule. Des campagnes électorales qui, des deux côtés de l’Atlantique, du référendum britannique à l’élection présidentielle américaine, se sont construites sur le mensonge délibéré et les fausses promesses. Une campagne militaire qui, comme en Syrie, repose sur l’usage systématique de la force militaire sous sa forme la plus brutale. Trump champion du mensonge , Poutine champion de la force.

On disait la vérité importante, la force anachronique, 2016 rebat les cartes de façon décisive. La vérité n’est plus ce qu’elle était, la force, par contre, l’est redevenue. Au-delà de la direction prise par les événements, il y a aussi la question du calendrier.

La défaite de la Vérité

2016 n’est pas seulement une année marquée par des changements spectaculaires, en termes d’équilibre des forces, sinon d’équilibre des principes – moins d’Amérique, d’Europe et de démocratie, plus de Russie et d’autoritarisme -, c’est aussi une année particulièrement courte. Sur un plan politique ne commence-elle pas réellement le 23 juin, avec la victoire des partisans du Brexit en Grande-Bretagne ? Un résultat qui ouvre les portes de l’impensable, c’est-à-dire l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis.

Dans les deux processus électoraux, le grand vaincu a été le concept de Vérité. Assertions erronées, fausses promesses, tout était bon. Prisonniers d’une logique de rationalité, incapables d’intégrer l’impact des technologies de l’information sur le comportement des électeurs, et plus encore sur le fonctionnement des institutions démocratiques, les « experts » se sont lourdement trompés. Même si, dans le cas américain, un doute subsiste. Est-ce les analystes qui se sont trompés en refusant d’envisager la possibilité de la victoire de Trump, ou est-ce le peuple américain lui-même qui a été trompé par l’ingérence dans la campagne, sinon dans le processus électoral lui-même, d’une puissance étrangère favorable au candidat populiste ?

L’année du rejet

La question du « hacking » demeure incontournable. Mais on peut se demander, aussi, si tout autre candidat démocrate qu’Hillary Clinton ne l’aurait pas emporté contre Trump. Barack Obama l’affirme, parlant de lui-même. Le vice-président, Jo Biden, serait-il sorti vainqueur s’il s’était présenté ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question, mais le doute subsistera. Derrière la montée, prétendument irrésistible, du populisme, il y a de fait l’absence, « en face », d’alternative crédible et/ou séduisante. L’Allemagne est, jusqu’à preuve du contraire, un parfait contre-exemple. La France de François Fillon ou d’Emmanuel Macron pourrait le devenir en 2017. Si elle rassure ou fait rêver, la démocratie peut encore l’emporter sur toute forme d’aventure.

L’année 2016, en effet, ne fut pas seulement celle de la colère, mais aussi celle du rejet : de David Cameron en Grande-Bretagne, de Nicolas Sarkozy au sein de la droite française, de Matteo Renzi en Italie et, avant tout, d’Hillary Clinton aux Etats-Unis. La « divine surprise » de l’Autriche, avec la défaite du candidat de l’extrême droite aux élections à la présidence, ne saurait bien sûr suffire à rééquilibrer le reste. L’année 2016 demeurera celle des démagogues.

Au-delà du dysfonctionnement de la démocratie et de ses institutions, il y a celui du système international. Il est trop tôt pour affirmer que, une fois président, Donald Trump appliquera fidèlement son programme de politique étrangère fondé sur le principe de « L’Amérique d’abord », avec toutes ses conséquences stratégiques et commerciales en matière de survie des alliances et des accords de réciprocité. Mais, sur un plan strictement géopolitique, l’homme de l’année 2016 demeurera, au moins par défaut, Vladimir Poutine.

Quand la Russie mène la danse

Barack Obama aura terminé son second mandat par l’expression d’un regret : celui de ne pas avoir fait progresser le règlement du conflit Israël-Palestine. En décidant de ne pas opposer son veto à la résolution des Nations unies condamnant la politique de poursuite de la colonisation menée par le gouvernement de Benjamin Netanyahu, et en choisissant l’abstention, Obama s’apprête à quitter le pouvoir en restant fidèle à ses principes. De manière implicite, il exprime, par son vote, non pas ce qu’il a fait mais ce qu’il aurait aimé pouvoir faire.

Au moment où l’Amérique d’Obama s’exprime par son abstention, la Russie de Poutine, maniant d’une main la force militaire et de l’autre le veto aux Nations unies, avance ses pions sans contrainte et sans états d’âme. Contrairement au président des Etats-Unis, le président russe agit plus qu’il ne parle. Son bilan ne tiendra pas en une série d’abstentions ou de discours, certes plus brillants et inspirants les uns que les autres, mais en une réhabilitation cynique, efficace et sans doute dangereuse de l’utilisation de la force dans l’ordre international. La Russie tisse sa toile de la manière la plus classique, au moment où l’Amérique d’Obama semble vouloir apporter la preuve des limites du « soft power ».

Le rapprochement diplomatique entre Moscou et Ankara sur le dossier syrien restera comme un des grands tournants de 2016. Recep Tayyip Erdogan considère, sans doute, que le ­contrôle des Kurdes est plus important pour lui que le départ du régime d’Assad. Il s’aligne de fait sur la position de Moscou et de Téhéran. Il ne faut pas oublier que derrière la Russie, l’autre grand vainqueur de l’année au Moyen-Orient est incontestablement l’Iran qui, de la Syrie au Liban en passant par l’Irak, consolide lui aussi ses positions.

Dans sa volonté de se rapprocher de Moscou pour équilibrer la Chine, le Japon suit une démarche parallèle à celle de la Turquie. Et que dire de Donald Trump lui-même, qui semble désireux de pencher vers Moscou pour isoler la Chine ? Richard Nixon était plus inspiré, au début des années 1970, en s’ouvrant à la Chine pour isoler l’URSS. L’année 2016 entrera dans l’histoire comme celle du « double dysfonctionnement », de la démocratie et de l’ordre international.

SKB

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