POLITIQUE: Le Dialogue politique est-il possible au Gabon ?

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La situation du Gabon est aujourd’hui très préoccupante. Elle se caractérise  au plan économique par « une détérioration des perspectives et un accroissement des risques » dans « un contexte difficile », selon le Rapport Gabon de mars 2016 du FMI (Fond Monétaire International).

Au plan social elle se caractérise par des relations de travail tendues, marquées par de très nombreuses grèves dans tous les secteurs. Au plan social également, on assiste à la monté sans précédent des inégalités ; en témoigne : le taux de chômage qui dépasse les 30 % de la population active et la pauvreté absolue qui touche plus de 34 % de la population. Enfin, la précarité s’est accrue, du fait notamment de très nombreuses fermetures d’entreprises et de la faiblesse de l’investissement, ainsi que de la baisse de rentabilité et de compétitivité des entreprises.
Si bien qu’un fossé béant s’est désormais créé entre riches et pauvres, contribuant ainsi à provoquer une dépression généralisée et une société ou le chacun pour soi l’emporte sur le souci du bien commun.

Au plan politique et institutionnel, une crise s’est enracinée. En 2016, de nombreux parlementaires ont démissionné, ainsi que le Président de l’Assemblée Nationale. On observe également depuis plusieurs mois des changements répétés de Premiers ministres, des démissions de très nombreux dirigeants du parti au pouvoir et des purges récurrentes dans l’administration et dans les forces de défense et de sécurité.

A partir du 27 août 2016, pour empêcher la proclamation de la victoire de Jean Ping, le pouvoir en place a déclenché une vague de terreur pour assurer son maintien à la tête de l’Etat. Cette crise électorale s’ajoute à la crise économique, sociale et politique déjà en cours et accélère l’effondrement des fondamentaux de notre vivre ensemble et de notre modèle social et politique.

Cette situation n’est pas simplement due à une poussée de vents contraires. Elle est aussi et surtout la résultante des actions d’un pouvoir en place dans notre pays et composé pour l’essentiel de sous-amateurs dont la caractéristique première est, au plan moral, la cupidité, l’avidité et un amour immodéré de l’argent comme objet de possession.

Ce pouvoir, qui s’appuie sur les fractions les plus conservatrices et les plus révisionnistes de la société gabonaise, va très rapidement, par ses frasques, sa kleptomanie et son incompétence, mettre le pays en coupes réglées, désorganiser l’Etat et les finances publiques, pendant que les dirigeants de ce pouvoir pillent allègrement le trésor public (qu’ils prendront d’ailleurs soin de transférer dans les faits à la Présidence de la République).

Ces dirigeants recourt systématiquement à la propagande et à la terreur, mais également à la corruption, et accaparent directement ou indirectement des ressources naturelles du pays et ainsi que son économie.

Pour sa part, le peuple Gabonais, qui a choisi, à travers sa Constitution et ses engagements internationaux, de vivre selon les valeurs de démocratie, de droits humains, d’Etat de droit et de solidarité rejette ce pouvoir depuis longtemps. La résistance s’est organisée rapidement. Elle s’est exprimée fortement à l’occasion de l’élection présidentielle du 27 août 2016 avec la victoire sans ambages du candidat de l’opposition, Jean Ping.

Suite à la fraude électorale, visant à empêcher la prise du pouvoir par Jean Ping, et suite aux massacres perpétrés par le pouvoir sortant pour assurer son maintien, la résistance continue à proclamer la victoire de Jean Ping et à lutter pour sa reconnaissance et son accession effective à la Présidence de la République.

C’est fort de cette victoire et du soutien du peuple gabonais dans son écrasante majorité, et pour préserver la paix et la stabilité, que la résistance dénonce le climat de terreur qui perdure dans notre pays alors que l’action de la résistance est légale et pacifique.

Incapable de faire face aux défis financiers, économiques et sociaux, le pouvoir continue par la propagande et le mensonge à cultiver l’illusion de la stabilité et de la paix.

En effet, alors que la prospérité qui doit sous-tendre cette stabilité et cette vie politique n’est pas au rendez-vous, le problème de la crédibilité du pouvoir actuel et de son action suscite de sérieux doutes quant à la capacité d’Ali Bongo, Président sortant, et de son équipe, à rebondir et à constituer une alternative viable pour sortir le pays de la crise, surtout après la lourde défaite qu’ils ont subie lors des élections du 27 août 2016. Et l’expérience de ces sept dernières montre qu’Ali Bongo et ses affidés ne respectent aucune éthique ni aucune règle en matière de gestion publique.

Par ailleurs, la lecture des différentes lois de finances a achevé de convaincre le peuple Gabonais des mauvais arbitrages et des mauvais choix de priorité budgétaire. En réalité, la gestion d’Ali Bongo et de ses amis n’a d’autre but que de s’enrichir et de d’accroitre son pouvoir personnel.

A cet effet, nous notons dans la loi de finance 2016, par exemple, que les crédits alloués à l’éducation nationale baissent de 6 %, ceux de l’enseignement supérieur de 10 %, et ceux affectés à la santé de 42 %.

A contrario, les crédits de la défense connaissent une augmentation importante à hauteur de 19 %, ceux de la communication augmentent de 4 %. En priorisant l’armée et la communication, le gouvernement fait le pari de parvenir à l’émergence par la force des armes et de la propagande. Dans la même logique, l’organisation en 2012 et 2017 de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) coutent déjà aux contribuables la somme de 863 milliards de FCFA soit (2012 : 400 Milliards de FCFA, 2017 : 463 Milliards de FCFA). Cette manne financière est gérée par des hommes liges, incompétents et immoraux, en dehors de toute orthodoxie financière. Il est évident qu’une grosse partie de ce montant exorbitant vise à promouvoir la gabegie et la jouissance au sommet de l’Etat, au détriment d’une réelle politique de diversification de l’économie et de développement du capital humain.

Au total, Les fluctuations des cours du pétrole, qui sont dans l’ordre normal du fonctionnement des marchés ne peuvent, à elles seules, justifier de l’ampleur de la crise économique actuelle. L’absence d’amortisseurs automatiques, les mauvais arbitrages économiques (ex. CAN contre écoles), la gabegie financière, les crimes économiques et les déséquilibres macro-économiques sont autant de facteurs qui expliquent la crise économique actuelle.
C’est cette faillite économique, politique et sociale qui a été sanctionnée par le peuple gabonais le 27 août 2016.

Cette faillite économique entraine inéluctablement la baisse des revenus des ménages, le chômage de masse, la baisse des investissements publics et privés, la détérioration des biens et des services publics fournis aux usagés (écoles, routes, hôpitaux, bâtiments publics, ports), la détérioration du système bancaire et des entreprises de micro finances, ainsi que le risque de défaut de paiement qui conduit à l’ajustement structurel et à l’austérité.

Concernant les atteintes des droits des personnes et des biens, jamais notre pays n’avait atteint de tels niveaux. La chasse à l’homme se poursuit malgré une prétendue main tendue. Les arrestations arbitraires se poursuivent. Le dernier exemple en date concerne l’arrestation de quatre jeunes qui ont voulu utiliser pacifiquement leur droit démocratique de manifester contre l’organisation de la CAN au Gabon, dans les conditions économiques, sociales et financières difficiles que connaît le pays.

Les Gabonaises et les Gabonais qui sont arbitrairement détenus dans les maisons d’arrêt et autres lieux de détention, à l’instar de Bertrand Zibi et Landry Amianghe de Washington, doivent être libérés sans délai ni condition. Rappelons simplement que l’Etat a l’obligation constitutionnelle de garantir les droits fondamentaux des citoyens. En l’espèce, quel que soit le délit commis, tout citoyen a droit à une justice équitable. Ainsi, les délits et crimes qui auraient été commis par les membres du Gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions ne peuvent être traduits que par la Haute Cour de Justice. C’est cela aussi le respect du Droit.

Concernant les violations des droits de propriété et le droit des affaires, la junte au pouvoir s’organise pour spolier et rançonner certains compatriotes sous des motifs fallacieux (redressement fiscal, lutte contre la corruption, etc.).

A titre de rappel, tout citoyen a un droit inaliénable de créer et de faire prospérer ses affaires. Le cas du Maisha qui n’est pas isolé, montre l’acharnement de ce pouvoir à empêcher l’apparition et la réussite d’une classe de femmes et d’hommes d’affaires gabonais.

Peut-on fixer un redressement fiscal qui dépasse largement le chiffre d’affaires de la structure concernée ? De même un particulier peut-il s’ériger en service de police, s’immiscer arbitrairement dans le domicile de quelqu’un et procéder à la saisie et la vente des biens de cette personne sans avoir la qualité ni sans y être autorisé par une décision de justice ?

Le peuple gabonais, dans son écrasante majorité, n’en déplaise à la Cour Constitutionnelle qui du reste a perdu toute sa crédibilité, a choisi le 27 août 2016 de tourner la page et d’en finir avec la dictature source de nombreuses souffrances pour les Gabonaises et les Gabonais et d’un avenir chaotique pour la Nation toute entière.

Cette décision du peuple gabonais ne peut faire l’objet d’aucun marchandage car elle est irrévocable. Les tentatives actuelles de débaucher les militants et les dirigeants de l’opposition ou encore l’organisation d’un prétendu dialogue qui viserait à occulter la décision souveraine de notre peuple, sont à la fois immorales, illégales et donc nulles et non avenues.

C’est le lieu ici d’en appeler au peuple gabonais dans son ensemble pour l’encourager à avoir foi en l’avenir et surtout de ne pas baisser les bras. Ali Bongo ne peut pas rattraper la situation, le pays est dans un lent pourrissement qui le plonge inexorablement vers l’assombrissement de son avenir et si rien n’est fait, chacun en payera le prix.

Plutôt que de continuer à s’accrocher aux privilèges et aux passe-droit pour assurer son confort personnel, la junte au pouvoir doit tirer toutes les conséquences de la situation et faire place au droit donc à l’intérêt supérieur du Gabon. Pour cela, elle doit tout simplement reconnaître la souveraineté du peuple et la victoire du Président Jean Ping, qui doit se traduire par l’installation de celui-ci dans ses fonctions pour que son équipe et lui s’attellent à la tâche de redressement du pays, que le suffrage lui a conféré.

Cette attitude, en plus de contribuer à la réconciliation des Gabonaises et des Gabonais entre eux et avec leurs institutions, va ouvrir la voie à la modernisation de l’Etat et à la relance de notre économie, dans l’intérêt de tous.

SKB

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