ECONOMIE: Les marchés ont une lecture un peu alarmiste des élections en France

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Les valeurs européennes n’ont plus la cote auprès des investisseurs depuis des mois, notamment en raison des risques politiques. Les flux sortants ont été très importants sur les actions européennes. Pour Isabelle Mateos y Lago, directrice générale au BlackRok Investment Institute, les choses sont en train de changer.

-1- Il y a sept mois, BlackRock avait décidé de sous-pondérer les actions européennes. L’heure est venue de privilégier les actions européennes?
D’abord, la situation est différente. Depuis trois mois, tous les indicateurs économiques en Europe surprennent dans le bon sens. L’Europe est la seule zone économique où il y a un tel pourcentage de bonnes surprises. Le dynamisme de la croissance est solide. C’est ce que montrent aussi les indicateurs avancés, comme la confiance des ménages ou des entreprises, au plus haut depuis des années. Les perspectives des entreprises sont aussi en très nette amélioration. Les fondamentaux sont donc très solides et dans ces conditions, les valorisations des entreprises européennes apparaissent très attractives, historiquement, mais aussi comparativement aux Etats-Unis ou même au Japon.

Ensuite, historiquement, dans les phases de « reflation » mondiale, comme c’est le cas actuellement, les entreprises européennes bénéficient de cette reprise de manière disproportionnée. Par ailleurs, l’inflation commence à faire un retour en Europe, même s’il est difficile de dire s’il s’agit d’une tendance de fond. Si la Banque centrale européenne maintient la même politique et s’il n’y a pas de choc, politique ou autre, cela justifie pleinement la confiance dans les valeurs européennes, malgré le risque politique.

-2- L’inquiétude augmente, justement, concernant la montée du populisme en France. C’est une appréhension que vous partagez?
Le risque politique existe, on ne peut pas le nier. Nous avons des inquiétudes, mais ce risque pour nous est déjà reflété dans le prix des actions et même sans doute surestimé. Nous sommes en fait plus inquiet sur les Etats-Unis, où les prix reflètent plus de manière asymétrique les bonnes nouvelles potentielles de l’agenda du Président Trump et beaucoup moins, voire pas du tout les mauvaises nouvelles potentielles. A l’inverse, en Europe, les risques politiques nous semblent déjà complètement reflétés dans les prix . Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de risque, mais cela ne justifie pas de détérioration par rapport au niveau de valorisation actuelle.

Mais au-delà de cela, il nous semble qu’il y a une lecture un peu alarmiste et peut être simpliste de la part des marchés et notamment des investisseurs internationaux, vis-à-vis de l’élection présidentielle française et de son système à deux tours qui n’est peut-être pas bien compris. Il y a une certaine fixation sur le fait que Marine Le Pen arrive en tête au premier tour et une tendance à extrapoler, après la surprise Trump et la surprise Brexit que l’on ait une surprise Le Pen en France. Et ils ne voient pas cela comme un problème purement français, mais plus comme un problème pour l’Europe.

-3- Larry Fink, patron de BlackRock, évoque un «monde bipolaire» où finalement tout peut arriver sur les marchés notamment aux Etats-Unis. C’est un monde très incertain?
Oui et non. D’un côté, il y a une dynamique de fond sur la croissance, sur les décisions de consommation et d’investissement qui semblent bien enclenchées et surtout qui touche toutes les zones de l’économie mondiale, qui croissent au-delà ou proche de leur potentiel. Il n’y a plus de zone malade et cela crée une forte robustesse face au choc. Mais si l’on a un très gros choc, notamment aux Etats-Unis, cela pourrait enrayer cette reprise. Si vous regardez le dollar, les taux américains ou Wall Street, après la hausse qui a suivi l’élection de Trump, depuis mi-décembre, ils sont entrés dans un couloir. Les marchés attendent de savoir si l’on va dans un monde de bonnes ou de mauvaises nouvelles.

On reste dans un équilibre assez instable aux Etats-Unis, où le marché est positionné sur un agenda Trump qui favorise la croissance. Si les mesures mises en oeuvre vont dans le mauvais sens, il y aura un retournement fort des marchés, de l’économie américaine dans son ensemble et donc une rechute de l’économie mondiale. Personne n’y échappera, c’est clair, mais l’Europe sera-t-elle d’avantage touchée que les autres? Sans doute pas.

SKB

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