ECONOMIE: Faut-il avoir peur des records de Wall Street?

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Les actions américaines accumulent les records depuis le début de l’année. Le Dow Jones en est notamment à neuf d’affilée. Wall Street serait-il devenu trop cher?

C’est un mélange de sprint et de course de demi-fond. Depuis le début de l’année, Wall Street accumule les records: 10 depuis le 1er janvier pour l’indice S&P 500, 15, en comptant celui de mercredi soir, pour le Dow Jones et même 19 pour le Nasdaq, soit un record tous les deux jours! A ce rythme effréné (neuvième record de suite pour le Dow Jones, du jamais vu depuis 1987), l’indice S&P 500 a déjà atteint l’objectif fixé par le consensus des analystes pour la fin de cette année à 2.364 points (consensus compris entre 2.275 et 2.500 points). La dernière fois que c’était arrivé aussi tôt, c’était en 1999.

Quadrature du cercle

Conséquence, les actions américaines se payent à des niveaux historiquement élevés: 17,8 fois les bénéfices estimés à un an pour le S&P 500 selon Thomson Reuters, contre une moyenne long terme de 15. Intenable? Pour certains analystes, Wall Street n’est pas loin de la rupture… Depuis l’élection de Donald Trump en novembre, les investisseurs ont acheté sans complexe les promesses de politiques budgétaires et fiscales de Donald Trump … politiques qui n’auront pas d’impact immédiat sur la croissance.

Le premier danger qui attend donc Wall Street est celui d’un Donald Trump qui ne parvient pas à tenir ses promesses. Le président américain a prévenu hier qu’il voulait «dépenser de manière très très prudente» et que son équipe avait «un énorme travail à faire pour établir un budget» qui fasse «baisser les déficits et respecte les priorités en matière de défense, d’infrastructures, d’immigration et de réduction des impôts». Vont-ils devoir résoudre la quadrature du cercle?

Le spectre du dollar fort

Autre danger pour Wall Street, le dollar cher, renchéri par les inquiétudes politiques en Europe qui pèsent sur l’euro et renforcent son statut de valeur refuge. «La hausse du dollar agit immédiatement comme un vent contraire», reconnaissent les responsables de Deutsche AM. Il devrait aussi profiter du discours de moins en moins accommodant de la Fed , qui se tient prête à agir «assez vite» selon les «minutes» de la réunion de janvier. Plus vite que ne le prévoit les marchés? Pour Mohamed El-Erian, conseillé d’Allianz, ceux-ci sont trop complaisants face au risque d’une hausse des taux de la Fed dès le mois de mars. Selon Bloomberg, ils ne placent cette probabilité qu’à 34% en mars (25% avant la publication des minutes). Une probabilité de hausse de 50 à 60% le mois prochain lui semblerait plus appropriée.

Enfin, les marchés semblent miser un peu trop vite sur l’accélération de la croissance américaine. Pour Patrick Artus, les marchés financiers «n’ont pas du tout à l’esprit un scénario de stagflation aux Etats-Unis», un risque que l’on ne peut pas ignorer selon le stratégiste de Natixis en raison de la conjonction possible d’une «hausse forte de l’inflation avec les politiques économiques qui devraient être mises en place et d’un freinage de l’activité avec la forte hausse des taux d’intérêt à long terme et l’appréciation du dollar».

Rechute?

Autant de raisons de penser que le marché américain n’est pas à l’abri d’une rechute dans les prochaines semaines. D’autant que pour l’instant, peu d’analystes ont remonté leur objectif sur le S&P 500 rapporte Bloomberg, hormis Stifel Nicolaus & Co, passé de 2.300 à 2.400 points. David Kostin chez Goldman Sachs mise toujours sur un indice à 2.300 points en fin d’année, «la peur étant susceptible de se propager en Bourse durant le second semestre».

Sauf que… la hausse de Wall Street s’explique aussi par la publication de bons résultats de la part des entreprises du S&P 500. Les bénéfices par action ont bondi de 6,7% au quatrième trimestre pour le S&P 500 rapporte Aurel BGC, plus vite que prévu par le marché (+5%) et les attentes sont fortes pour 2017 (+10%). Artemis Fund Management table sur une croissance des bénéfices compris entre 15 et 20% au cours des deux prochaines années. «Si ces prévisions sont corrects, cela devrait ramener les multiples de capitalisation des profits à un niveau raisonnable de 15».

Les analystes en retard

Par ailleurs, pour Aurel, les analystes ne semblent pas «avoir intégré un effet Trump» avec des révisions fortes des perspectives bénéficiaires des entreprises. Faute de précision sur les mesures réelles qui seront prises. Cela permet de relativiser la cherté supposé du S&P 500. «Les marchés sont peut-être en avance sur les analystes. Mais avant d’anticiper tous ces mouvements (reflation, hausse de l’inflation…), Trump ne doit pas décevoir. Le principal risque n’est pas de savoir si Wall Street est cher, mais si l’administration Trump va effectivement tenir ses promesses».

De ce point de vue, le début des discussions budgétaires au Congrès, prévu mi-mars, pourrait commencer à éclairer un peu mieux les lanternes des marchés, avec le risque de doucher les espoirs de Wall Street.

SKB

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