SOCIETE: Taxer le carbone, l’outil le plus efficace face au défi climatique selon Jean Tirole

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Le prix Nobel d’économie, fervent partisan d’une tarification du carbone, explique dans son livre “Economie du bien commun”, comment elle pourrait être mise en œuvre et quels en sont les principaux avantages.

Il s’était beaucoup exprimé sur le sujet au moment de la COP21. Le prix Nobel d’économie français, Jean Tirole, est l’un des plus fervents partisans de la tarification du carbone. A ses yeux, elle est même l’outil fondamental dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, lors de la conférence de Paris sur le climat, l’idée de taxer les émissions de gaz à effet de serre a rapidement été délaissée et “enterrée par les négociateurs dans l’indifférence générale”, regrette l’économiste dans son livre “Economie du bien commun”, sorti l’an dernier.

Selon lui, le consensus à la COP 21, qui représente “un succès diplomatique incontestable”, n’a été acquis qu’en “cédant à différentes exigences dont celle du prix du carbone.” Convaincu qu’il est plus “efficace d’agir par des prix que par des interdictions ou des réglementations”, le prix Nobel détaille dans son ouvrage deux façons de faire payer les émissions de carbone. Explications.

Un prix universel du carbone

Sa première proposition est simple : chaque tonne de carbone doit avoir un prix identique. Avec comme pré-requis indispensable qu’il soit universel. Pour l’économiste, les pays du Sud n’ont pas à moins payer que leurs homologues du Nord.

D’abord parce que les “molécules de CO2 produisent un même dommage marginal quelles que soient l’identité de l’émetteur, la nature et la localisation de l’activité génératrice des émissions”, argumente l’économiste. Puisque les dommages sont les mêmes, les prix doivent l’être aussi. Et ce, pour tous les acteurs polluants, que ce soient des pays ou des industries.

Autre raison : un système asymétrique présente plusieurs risques dont celui de la délocalisation ou des “fuites carbones”. En effet, si les taxes carbones ne s’appliquent qu’à certains pays et donc impliquent des coûts supplémentaires pour leurs industries nationales, ces dernières seront tentées de délocaliser leurs productions émettrices de gaz à effet de serre dans d’autres régions où “elles pourraient polluer à bon marché”, explique Jean Tirole.

Pour être efficace, la taxe carbone doit donc appliquer scrupuleusement le principe du “pollueur-payeur”. Et tous les pays émetteurs paient le prix établi.

Deux options pour la taxe carbone

Cette taxe carbone peut se décliner selon deux principes, plus ou moins sophistiqués. Le plus simple consiste à fixer un accord international sur un prix minimum pour les émissions de GES, “par exemple 50 euros la tonne de carbone”, précise Jean Tirole.

Ensuite, chaque entité nationale collecte sur son sol les sommes correspondantes. A noter qu’il est nécessaire d’avoir “un même niveau absolu de prix du carbone”, insiste Jean Tirole. Soit une taxe carbone minimale universelle pour que le prix uniforme du carbone ne s’additionne pas à un prix du carbone national préexistant, “ce qui serait injuste”, indique l’économiste citant l’exemple de la Suède qui a déjà mis en place une telle taxe depuis près de 25 ans.

Deuxième mécanisme possible : établir le prix du carbone moyen. Ce dernier se calculerait selon le ratio des recettes de cette collecte divisé par le volume d’émissions du pays.

Un système de droits d’émission

L’autre alternative pour la tarification du carbone est le système appelé « droits d’émission négociables ». Il s’agit de fixer à l’échelle planétaire un plafond de niveau de pollution. Dit autrement les pays s’accordent sur une quantité maximale de tonnes de CO2 qu’ils peuvent encore émettre sans réchauffer la planète de plus de 1.5 à 2 degré – objectif réaffirmé à la COP21.

Ce qu’on appelle aussi le « budget CO2 » à partir duquel les pays créent ensuite un nombre correspondant de permis d’émission ou de « droits à polluer ». A la fin de l’année, chaque pays doit présenter un nombre de permis similaire à ses émissions effectives.

Si elle a dépassé son quota, la puissance publique achète la différence au prix du marché sur le marché international des droits d’émissions négociables. Elle peut aussi payer des pénalités mais qui sont généralement bien supérieures au prix du marché. Inversement, si le pays a un nombre de permis excédentaires, il peut revendre son surplus au prix du marché. Le carbone est ainsi tarifé au même prix pour tous.

Ce système existe déjà localement, rappelle l’économiste, dans plusieurs pays en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, au Japon mais aussi dans certaines régions ou villes. Au total, il y en aurait plus d’une quarantaine.

Pour l’économiste, la seule solution est de faire payer les émissions de carbone. « Que ce soit une taxe carbone ou un marché carbone, c’est une question de second ordre.»

ICK

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